CHERCHEZ  LA PETITE BÊTE

Extraits du "Kama-sutra des demoiselles"









PAGE EN RECONSTRUCTION

QUELQUES CONSEILS POUR OBSERVER LES ANIMAUX SAUVAGES

 

Découvrir la nature est à la portée de tous : il est inutile d’investir dans un matériel coûteux, et de ramper dans les campagnes déguisé en Indiana Jones ! L’essentiel est de se servir au mieux de ses yeux et de tous ses sens. Une paire de jumelles et un guide d’identification suffiront largement à enrichir vos explorations. Les quelques ruses de terrain qui suivent vous permettront d’éviter les pièges, et de profiter pleinement des merveilles qui vous entourent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 improbables

 

                        

 

Les rendez-vous improbables

Les animaux sont volontiers routiniers, et avec un peu d’attention, on peut favoriser les rencontres. Cependant, on ne peut jamais être certain de croiser telle ou telle espèce : il n’y a pas de rendez-vous avec la nature ! Le meilleur moyen de ne jamais revenir déçu d’une balade, c’est de s’intéresser à tout, car TOUT est intéressant : les traces, les plantes, les insectes, mais aussi – ou d’abord ?- ce délicieux sentiment d’être dans un lieu authentique, de humer l’air frémissant ou d’admirer les couleurs mouvantes de la nature.

 

 

 

 

 

 

 

 

 heure et le lieu

Photo Vincent MUNIER

 

Choisir l’heure et le lieu


Partir au petit matin dans un silence engourdi, quand les humains sont encore assoupis, vous donne l’impression que le monde vous appartient. C’est aussi le moment où vous avez un maximum de chances de croiser des mammifères et des oiseaux. Cependant, chaque heure de la journée vous offre un « programme » nouveau.


Il existe quelques lieux où la nature est mieux préservée qu’ailleurs : les Parcs nationaux, les Réserves naturelles, etc. Il ne faut pas se priver de les visiter, de profiter des observatoires et autres facilités. Cependant, la nature présente partout un intérêt, même dans des zones apparemment banales. C’est celle qui fait l’objet du livre "Le Kama-sutra des demoiselles", car elle ne doit pas être négligée. Pour observer des espèces variées, essayez de visiter des milieux naturels différents, mais aussi les zones intermédiaires : lisières de forêts, bords de marais, etc., car ce sont les plus riches.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Jumelles

Comment se servir de jumelles

Pour l’animal sauvage, voir sans être vu est la condition même de la survie. Pour le naturaliste, c’est le principe numéro un à respecter. Le meilleur moyen pour observer les animaux sans les faire fuir est de les observer à distance, grâce à des jumelles. Un grossissement de huit fois (8X) est idéal, pour des raisons de maniabilité, de poids et de prix. Aux côtés du taux de grossissement, un deuxième chiffre est inscrit sur les jumelles. Il indique la luminosité, élément primordial pour des observations qui ont souvent lieu à l’aube ou au crépuscule. Préférez des 8X40, voire des 8X42, à des 8X20.

Avant de partir, entraînez-vous un peu au maniement de vos jumelles. Il ne faut pas fouiller le paysage avec, mais repérer d’abord son sujet, puis ajuster les jumelles dans l’axe de vision. Ensuite, il faut régler la mise au point grâce à la molette centrale, puis la molette d’un œil. Au besoin, aidez-vous d’un repère proche de l’animal (branche particulière, arbre, etc.) avant de diriger vos jumelles sur lui.

 

  Vous pouvez également vous procurer une petite loupe de poche pliable, de grossissement 8X, très pratique pour découvrir les beautés secrètes des fleurs ou des insectes, et jouer les « microcosmonautes »…

 

 

 

 

 

 

Approcher les animaux

La silhouette verticale des humains effraie les quadrupèdes, et il faut s’accroupir pour les approcher. Chaque bête a une « distance de fuite » propre, c’est-à-dire une limite à partir de laquelle elle s’enfuira, et qu’il ne faut pas franchir. Elle est proportionnelle à sa grandeur (la distance de fuite d’un lézard est nettement plus courte que celle d’un cerf). Dès que vous sentez un raidissement dans le comportement de l’animal, vous l’avez atteint. N’allez pas plus loin.

Un oiseau qui vous « regarde de travers » est un oiseau inquiet : ses yeux placés sur le côté l’obligent à se mettre de biais pour vous surveiller. Les mammifères vivant dans un univers d’odeurs, il faut tenir compte du sens du vent pour aller à leur rencontre. En revanche, ils voient mal. Si vous marchez sans bruit, par à-coups, et droit vers lui pour ne pas dessiner de mouvement, vous pouvez approcher un chevreuil ou un lièvre à quelques mètres.

Essayez de ne pas vous mettre face au soleil pour éviter les contre-jours aveuglants. Mais ne faites pas d’ombre en approchant les insectes. D’autre part, il faut toujours ralentir à l’amorce d’un virage, ou quand on va apparaître sur un relief, pour ne pas faire fuir les animaux. Enfin, n’ayez pas l’air de vous intéresser de trop près à un animal : les hérons craignent moins les pêcheurs indifférents que les ornithologues bardés de jumelles. De plus, celles-ci – vues de l’animal – ont l’allure inquiétante d’un gros regard menaçant

   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
SAFARI  




 
   

Safari sur un mètre carré

C’est une révélation ! Lorsque j’organisais des sorties nature pour les enfants, je leur proposais quelquefois un « safari sur un mètre carré », et le résultat était toujours intéressant. Il n’y a aucune raison de priver les adultes du même plaisir. Il s’agit d’une « anti-promenade » : au lieu de parcourir beaucoup de territoire, sur lequel on passe peu de temps, on délimite un petit espace et l’on y reste longtemps. On découvre alors la vie miniature qui grouille à nos pieds : les insectes qui vaquent à leurs énigmatiques affaires, toujours pressés, les mini-proies attaquées par de mini-prédateurs, les amours et les drames quotidiens qui nous échappent habituellement. Après une telle expérience, on ne regarde plus un carré de gazon ou un bord de chemin de la même manière. La nature est un ensemble de millions et de millions de petits espaces comme celui que l’on vient d’observer, et l’on prend conscience de son infinie vitalité.

   
   
oreilles  
Ouvrir les oreilles

      



    À tester vous-même :

les oreilles de lapin

Un bon truc pour mieux percevoir l’environnement : augmentez le pavillon de vos oreilles en mettant les mains derrière chacune, comme deux paraboles. Cela multiplie les sons, vous renseigne mieux sur ce qui se passe, et vous donne une idée de ce qu’entendent les animaux sauvages qui vous entourent.




 

Il est difficile d’identifier les chants d’oiseaux, mais il n’est pas nécessaire de les connaître tous pour enrichir ses balades. Il ne faut surtout pas essayer d’en assimiler trop d’un coup. Certains chants sont très courants, quasiment partout : si vous parvenez à reconnaître celui du merle, du rouge-gorge et du pinson des arbres, vous aurez déjà de bonnes bases avant d’aller plus loin. Si cela vous tente, habituez-vous à leur musique grâce à des CD. Certains chants, comme celui du coucou, sont très faciles. Le plus fameux est celui du pouillot véloce, un minuscule migrateur très courant dans nos régions. Son nom français est un peu compliqué, alors que les Anglais l’appellent chiffchaff. Cela rappelle son chant : tsiptseptseptsiptseptsep…

On peut également identifier les grenouilles ou les criquets à leur chant, mais ceci est une autre histoire.

   
   
   
   
   

Un bon guide

Chacun sait que pour bien connaître les champignons, rien ne vaut un bon guide de terrain, un connaisseur ou une connaisseuse capable de transmettre son savoir. Il en est de même avec tout ce qui concerne la vie sauvage. N’hésitez pas à contacter les associations naturalistes, et à suivre quelques sorties. Les guides, généralement aussi passionnant(e)s que passionné(e)s, vous donneront des « trucs », une manière de voir qui vous servira par la suite. Les livres d’identification sont également très utiles. La bibliographie qui suit vous présente une sélection des meilleurs ouvrages pratiques dans différents domaines.

 

 

Insectes et araignées

 Insectes de France et d’Europe occidentale – Michael Chinery 1986 – Arthaud 1988

C’est de loin le meilleur des guides généralistes d’identification des insectes, car il montre les animaux tels qu’on les rencontre sur le terrain (les papillons ne sont pas représentés épinglés ailes ouvertes, par exemple). La sélection proposée permet de retrouver sinon l’espèce, au moins le genre de l’insecte rencontré (aucun guide ne pourrait représenter toutes les espèces). 

D’autres guides sont utiles pour des groupes particuliers d’insectes. Les éditions Delachaux et Niestlé en proposent sur les chenilles, les papillons, les libellules avec des dessins, les mouches, les abeilles, les araignées, les grillons et sauterelles avec des photos. Ces derniers ne sont pas des ouvrages clairs d’identification. 

Pour les papillons : Les papillons par la couleur – Vincent Albouy – Minerva 2001Papillons d’Europe – Ivo Novák, FrantisekSevera, Gérard Luquet – Bordas multiguide nature 1983

 

Amphibiens et reptiles

Le guide herpéto – Nicholas Arnold et Denys Ovenden - Delachaux et Niestlé, remis à jour en 2004.

Ce guide d’identification présente l’avantage (et l’inconvénient) de montrer toutes les espèces européennes. Très pratique quand on voyage, mais un peu plus difficile pour se repérer dans des illustrations rassemblant des salamandres ou des lézards de nos régions avec des animaux n’existant, par exemple, que sur une seule île grecque. Les dessins sont excellents, c’est un ouvrage de référence 

 


 

 

 

Oiseaux de France et d'Europe

Guide des oiseaux de France et d’Europe – Peterson, Moutfort, Hollom, Géroudet - Delachaux et Niestlé (éditions régulièrement réactualisées depuis 1954).

C’est le fameux « Peterson » (du nom du dessinateur), qui fut la bible des ornithologues pendant des années. Il reste clair et remarquablement didactique, grâce aux espèces représentées dans la même position (ce qui fait que seules les vraies différences apparaissent), avec des flèches qui montrent les détails notables de différenciation. Idéal pour débuter, et même pour continuer 

 

 

 

 

 

Oiseaux d'Europe

Les oiseaux d’Europe, d’Afrique et du Moyen-Orient – Lars Jonsson – Nathan 1994

Les illustrations de Lars Jonsson ont un réel intérêt artistique, et présentent chaque espèce sous tous ses plumages (d’hiver et d’été, des juvéniles etc.), ce qui n’est pas le cas du précédent. Les textes et les cartes de répartition sont en regard, ce qui est plus pratique de maniement que le Peterson. Le livre est lourd, ce qui peut représenter un inconvénient sur le terrain.

 

 

    





 

Guide ornitho

Le guide ornitho – Mullarnay, Svensson, Zetterström, Grant - Delachaux et Niestlé 1999

La finesse et l’exactitude des dessins atteint des sommets. Pour les ornithologues confirmés, c’est le meilleur et le plus complet des guides. Cependant, la vaste étendue géographique concernée (de l’Afrique du Nord à la Laponie) fait qu’un grand nombre d’espèces sont représentées sur une même page. Certaines ne se rencontrent pas chez nous, bien qu’elles soient difficiles à distinguer des nôtres, et le débutant aura beaucoup de mal à se repérer.

Mammifères de France et d'Europe

Rien d’idéal depuis le guide illustré par Paul Barruel, publié autrefois chez Delachaux et Niestlé, mais épuisé aujourd’hui et non réédité. Les mammifères sont difficiles à voir, et un guide de terrain réaliste reste à inventer.

 Guide complet des mammifères de France et d’Europe - D. Macdonald et P. Barret - Delachaux et Niestlé 1995

Aux côtés des dessins en couleurs de chaque espèce figurent des illustrations en noir et blanc des traces, terriers, etc.






 
   
 
 

trésors



 

Les « trésors de guerre »

On peut emporter chez soi des souvenirs de ses balades sans faire de tort à la nature : coquilles d’escargots vides, mues de reptiles ou d’insectes, pelotes de réjection, os, plumes, moulages d’empreintes, etc. Tout cela suffit largement à collectionner des trésors, sans passer par les bêtes naturalisées, les insectes épinglés, ou encore les coquillages, les coraux ou carapaces achetés dans le commerce. Quand on arpente régulièrement la nature, on s’aperçoit vite des brutalités que les activités humaines lui infligent, et il faudrait montrer une bonne dose d’inconscience ou d’égoïsme pour la piller, et donc occulter la nécessité de la préserver…

                                                                           
 








 

 

 

 

 

 

Les règles d’or du naturaliste : DRAP





Quel que soit le milieu naturel où vous vous trouvez, même sous l’eau, respecter ces principes de base vous permettra de mieux aborder la faune sauvage : D pour discret, R pour respectueux, A pour attentif, P pour patient. En bref, drapez-vous du DRAP !

 

Comme discret  

Attention aux couleurs claires ou trop voyantes, à tout ce qui brille au soleil et aux mouvements brusques : montrer du doigt est un geste agressif qui fait fuir les oiseaux. Restez à l’ombre, longez les haies. La nature a besoin de silence : évitez les claquements de portières de voiture, les clés qui sonnent dans les poches, les vêtements qui crissent, et marchez en mettant les talons au sol en premier. Question discrétion, les feuilles mortes et sèches sont une calamité. En revanche, un bruit constant, comme une grosse pluie, peut camoufler les vôtres. Il m’est arrivé d’observer un renard le long d’un pré occupé par des chevaux si remuants que mon arrivée était passée inaperçue. Il m’est aussi arrivé, en Suède, de manquer une belle rencontre avec un ours brun à cause d’un téléphone mobile…

Se promener en groupe offre un avantage : chaque marcheur représente un regard supplémentaire susceptible de discerner des animaux. Mais le fait de parler les chasse tous, et les explorations seul ou en petit nombre sont les plus fructueuses. Attention aux chiens, qui peuvent perturber la faune.


Vous êtes censé aimer les animaux, ne les dérangez pas, ne forcez pas les distances de fuite. N’approchez pas une couvée de trop près pour faire une photo ou une observation, les parents pourraient l’abandonner et vous la mettriez en péril. Respectez la nature, mais également les terrains privés. Fermez bien les clôtures derrière vous, restez au maximum dans les sentiers balisés, ne laissez pas de détritus. Vous représentez « les » naturalistes, vous avez la responsabilité de notre réputation : montrez l’exemple !

R

  Comme respectueux

A

Comme attentif, aux aguets

Soyez attentif comme si vous étiez vous-même un animal, constamment en alerte, tous les sens en éveil. Un peu comme un conducteur scrute sa route tout en guettant les dangers potentiels sur les côtés, dans la nature il faut regarder partout : à la fois très loin et très près. Généralement, avant de distinguer un animal, on perçoit d’abord son mouvement, ou une forme qui détone sur son environnement : une tache anormalement claire dans un arbre, une forme différente parmi les feuilles, etc.

Sachez aussi ouvrir les oreilles. Un chant particulier, un silence soudain, vous en apprendront beaucoup sur la vie qui vous entoure. Un signal d’alarme vous avertira de la venue d’un prédateur : rapace, renard, etc., qui se montrera peut-être à vous. Un frétillement de pattes sur le sol proviendra d’un lézard ou d’un mulot, mais un son comparable à celui d’un vêtement que l’on traîne à terre signifiera la fuite d’un serpent. Fermer les yeux pour mieux écouter et sentir l’univers est un excellent exercice d’éveil des sens.

Inutile d’espérer voir des animaux si vous marchez comme un athlète un jour de championnat. Le meilleur moyen pour les rencontrer est de vous arrêter, souvent, et d’attendre. Fouillez du regard le paysage, les fleurs, les feuillages et les buissons, penchez-vous sur les traces au sol. Restez un moment sans bouger. C’est le seul moyen de découvrir la richesse d’un lieu. Vous vous fondrez tout doucement dans la nature, jusqu’à en faire partie intégrante. Alors seulement, les oiseaux qui fuyaient à votre passage reviendront petit à petit, des bêtes sauvages rassurées par le silence s’approcheront de vous. Les animaux peuvent rester immobiles des heures. Inspirez-vous d’eux.

P

Pour patient